Le stress au travail ou l’histoire de l’éléphant qui n’avait rien à faire dans un bureau

Le stress au travail, c’est comme un éléphant dans le couloir

Imaginez le couloir principal dans vos bureaux. 

C’est un endroit stratégique.

Il permet d’accéder à tous les services, aux imprimantes et photocopieuses, à la cafétéria, aux ascenseurs, aux salles de réunion… 
Et maintenant, placez un éléphant en plein milieu. L’éléphant gêne le passage quand il ne l’obstrue pas complètement. 
Il fait un bruit d’enfer : ses barrissements de désespoir font même de la peine. Ses déjections jonchent le sol. 
Au début, vous et vos collègues avez simplement fait semblant de ne pas le voir. Vous avez fait avec. Et vous avez du mérite ! Car la façon de travailler est devenue plus compliquée.

Tentative de solution 1 : le stress, on fait avec

Tous les jours, vous déployez des stratégies acrobatiques pour passer l’obstacle : vous passez en-dessous de l’éléphant, vous le contournez, vous l’escaladez. 
Vous portez des casques anti-bruit (il barrit souvent) et des pince-nez (il cague partout). 
Vous dépensez une énergie considérable pour faire comme s’il n’était pas là.
Et d’ailleurs, partout dans l’organisation, dans les discours de nouvel An, dans les communications stratégiques et les réunions d’équipe, il n’est jamais mentionné.

Mais voilà, il s’est installé. 
Et puis de gênant, il est devenu dangereux.

Un jour il a commencé à s’en prendre aux personnes… Bam! Un coup de trompe a suffi à mettre K.O. un des plus motivés.
Il ne s’est pas arrêté là. Les plus engagés dans leur travail, ceux qui passaient coûte que coûte dans ce couloir, ceux qui travaillaient tard pour finir malgré le bruit… Ceux-là se sont tellement pris de coups qu’ils sont partis en congé maladie de plus en plus souvent.
Ils se retrouvaient à l’hôpital ou mettaient de plus en plus longtemps à se remettre. 
Le pire, c’est qu’ils se sentaient misérables ! Ils étaient persuadés que c’étaient leur faute s’ils en étaient là. Ils n’avaient pas su gérer l’éléphant correctement.
Ceux qui restaient devaient reprendre leur travail en plus du leur. C’était devenu compliqué de s’organiser.

La fatigue et les tensions s’installaient.

Tentative de solution 2 : on essaye de combattre le stress

Le problème, c’est la charge de travail disaient les uns. Elle est trop lourde. Il faut embaucher!

Embaucher des personnes rapidement opérationnelles était déjà dur. Alors avec l’éléphant visible de loin, c’était devenu mission impossible. Les candidats pour les postes ouverts partaient en courant dès qu’ils le voyaient.

Il faut aider les salariés à gérer l’éléphant dirent les autres. Nous allons programmer une série de formations. Comment reconnaître un éléphant, les meilleures stratégies pour l’éviter et se prémunir des risques de coups de trompe. 

Après la formation, les gens qui croisaient l’éléphant savaient le reconnaître. Oui, c’était bien un éléphant. 
Ils savaient aussi que pour s’en protéger, ils devaient mieux poser leurs limites et savoir dire non. 
Certain.es se plantèrent courageusement devant l’éléphant et lui demandèrent de respecter leurs limites, de la façon la plus assertive qui soit.  
Ça fit bien rigoler l’éléphant qui, d’un barrissement sonore, les envoya bouler.

Ce qu’il faut, c’est mieux communiquer entre nous. Améliorer les relations et le management, voilà la solution!

Les barrissements de l’éléphant faisaient tellement de bruit… En présentiel, échanger clairement des informations et donner du feed-back, même avec la communication non-violente, était impossible. Je ne parle même pas du télétravail !

La législation nous l’impose. Nous allons miser sur la qualité de vie au travail et devenir best place to work !
Améliorons les conditions de travail : proposons des ateliers de méditation, des séances de yoga, des corbeilles de fruits !

Les ateliers de méditation et de yoga eurent lieu dans des pièces insonorisées. C’était chouette, et ça faisait du bien !
Mais dès que les participants passaient le pas de la porte, ils étaient à nouveau soumis aux barrissements effroyables de la bête. Quant aux fruits, c’était surtout l’éléphant qui les boulottait.

En bref, dès que les employés reprenaient le travail, tous les bénéfices des « activités QVT » disparaissaient en un éclair!

Réflexions de la direction : d’où vient le stress ?

Le dirigeant de l’entreprise n’en dormait plus de la nuit.
Comme la plupart de ses employés, il avait du mal à travailler. Il n’éprouvait plus de plaisir à son métier.
Il ne comprenait pas.

☑ Il avait mis en place un système pour maximiser l’autonomie de chacun.
☑ Il s’était assuré que le travail avait du sens.
☑ Il affichait fièrement les valeurs de son entreprise.
☑ Il organisait des super events où tout le monde se retrouvait.
☑ Il se voulait proche de ses employés, à l’écoute, attentif.
☑ Le service RH était mobilisé pour améliorer la QVT et soutenir les managers et leurs équipes.

Mais…

Rien à faire, la situation se dégradait !

En plus de miner l’efficacité du travail, ça pourrissait méchamment l’ambiance.
Les recrutements étaient vraiment difficiles. 
L’absentéisme augmentait.
Il y avait du quiet quitting dans l’air…
Un jour… Au lieu de faire mine de ne pas le voir, il regarda l’éléphant bien en face.
Il s’aperçut que la bestiole se portait de mieux en mieux. 
Il était de plus en plus gros et gras !

Comment se fait-il que plus on cherche à le minimiser, plus il prend de l’importance ?

Ce jour-là, il eut l’impression désagréable que l’éléphant avait plus de pouvoir que lui. 
C’en était trop : c’est moi qui l’ai montée cette entreprise, c’est moi qui la dirige ! Et je vais laisser cette sale bête pourrir mon projet ?
Il sortit marcher un peu pour se calmer. 
Et d’un coup, il réalisa : il ne s’était jamais posé la question essentielle.

Comment un truc aussi gros a-t-il pu rentrer dans nos bureaux, à notre insu ?

Il sourit.
Pour la première fois depuis longtemps, il eut l’impression de sortir du brouillard. 

Analyse : aux sources du stress professionnel

Notre héros rentra de sa promenade. 
Il s’approcha doucement pour ne pas réveiller l’éléphant. Cette fois, il prit le temps de l’observer de près.
Il découvrit que ce grand corps était constitué d’un maillage d’éléments qui tous, étaient interprétables.

Des contradictions entre les valeurs affichées et les pratiques. 
Des incohérences dans la répartition de la charge de travail.
Des incompatibilités entre les rôles et les responsabilités.
Des déséquilibres entre les objectifs et les ressources nécessaires pour les atteindre.
Des cumuls de fonctions de production et de contrôle.
Des zones d’ombre dans l’attribution du leadership.
L’individualisation des rôles dans les équipes et l’inconsistance des relations professionnelles.

Le manque de clarté cimentait tous ces éléments entre eux et leur donnait de la substance.

Cette construction s’était mise en place tellement insidieusement que, sans que personne ne le voie venir, l’éléphant s’était matérialisé au milieu des bureaux. Non seulement il empêchait tout le monde de travailler, mais en plus il était devenu une menace directe pour la santé des gens.

Le dirigeant réalisa aussi avec stupeur que celui qui avait le plus de pouvoir pour mettre au clair ce qui était sujet à interprétation… 
C’était lui-même.
Alors, il s’attela à la tâche, en commençant par sa propre fonction. Rapidement, il demanda de l’aide à ses équipes.
Celles-ci le rejoignirent dans ce chantier, elles relevaient des tas d’éléments qui étaient passés inaperçus.
C’était enthousiasmant de travailler tous ensemble !
Étape par étape, ils rendirent clair et compréhensible ce qui était flou et confus.
À leur grand étonnement, l’éléphant perdit en consistance puis zoufff ! Il disparut d’un coup, révélant les quelques profiteurs qui se cachaient derrière, pépouze. Ceux-ci eurent vite fait de déguerpir.

Une organisation débarrassée des facteurs de stress

À l’endroit où se tenait l’éléphant, il y avait maintenant une carte de l’entreprise dans un cadre flambant neuf. Comme un plan de ville.
Vous êtes ici.
Quiconque regardait la carte arrivait parfaitement à situer où il se trouvait, ce qu’il devait faire, décider, communiquer, pourquoi, comment… 
Et il était en mesure de situer tous les autres membres de l’entreprise.
Chacun savait où il allait et ses possibilités d’évolution.
Dès lors, les formations en management et en gestion du stress profitèrent à tout le monde.
Poser ses limites était devenu tellement plus simple sur une carte bien dessinée !
Le yoga et le team building amélioraient la souplesse et la santé.
Le niveau de motivation n’avait jamais été aussi élevé ni aussi partagé.
Les relations étaient devenues beaucoup plus simples, plus cordiales. Au sein des équipes et entre services on se soutenait, on se questionnait, on débrouillait les situations compliquées.
Sans qu’il y ait besoin d’envoyer des hérauts dans le pays, la nouvelle se répandit.

J’aimerais tellement travailler pour l’entreprise-où-il-n’y-a-pas-d’éléphant ! 

Et des candidats se présentèrent à la porte pour postuler.
L’histoire ne dit pas s’ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. 
Parce que ça, on s’en fiche un peu.
En revanche, cette histoire n’est PAS un conte de fées. 
C’est un retour d’expérience.
Le STRESS AU TRAVAIL, c’est comme un éléphant dans le couloir.

Il prend des proportions démesurées.
Les conséquences sont graves pour l’organisation et tous ceux qui y travaillent.
Plutôt que de gaspiller vos ressources à faire comme s’il n’était pas là…
Plutôt que de vous épuiser à corriger les problèmes qu’il engendre de façon continue…

Intéressez-vous vraiment à lui. 
Et débarrassez-vous en.

Vous avez le choix.